Les appels n’aboutissent jamais. Il se rend même au poste de police. Mais on lui dit qu’Amina est en congé maladie. Ce qu’on ne lui dit pas, c’est qu’elle est enfermée chez elle, qu’elle pleure chaque nuit dans le noir, serrant son oreiller, répétant doucement entre deux sanglots. Karim ! Karim ! Seul sur le trottoir, le cœur serré ne reçoit plus rien.
Pas un mot, pas un appel, pas un signe. Et pendant ce temps, dans la maison silencieuse, quelque chose se détériore. Le corps d’Amina affaiblit. Son esprit s’éteint lentement. Sa mère la regarde chaque jour un peu plus pâle, un peu plus silencieuse. Et elle commence à douter, à se demander si l’amour parfois ne vaut pas plus que l’orgueil.
Elle tente de parler au père encore, mais lui reste figée. Raide dans ses principes. Elle doit apprendre. La vie ce n’est pas que des émotions, ce n’est pas un compte de fait. Mais cette leçon-là, la vie va la lui enseigner autrement. Un soir, le corps d’Amina s’effondre dans sa chambre close. Elle s’évanouit sans un mot.
On la transporte d’urgence à l’hôpital. Son cœur bat encore, mais son regard, lui, s’est éteint. Ce n’est pas une maladie qu’elle porte, c’est un manque, un amour interdit, un souffle bloqué par les barreaux dorés d’une maison trop grande. La chambre d’hôpital est plongée dans une lumière crue et froide. Seul raésonne le bip régulier du moniteur cardiaque et le cliciit de la perfusion.
Amina est allongée, immobile, les paupières fermées, les lèvres sèches. Mais entre deux silences, un murmure. Karim, Karim, sa mère est là assise à côté d’elle. Elle lui tient la main fort. Dans un coin de la pièce, le père observe, muet, implacable ou presque. Elle répète toujours son nom, dit l’infirmière en changeant la perfusion.
Peut-être faudrait-il le faire venir. La mère regarde son mari, elle ne dit rien mais son regard parle et pour la première fois depuis cette dispute, il parle. Trouvez-le, ramenez Karim. Mais ne dites rien à Amina, je veux voir ce qu’il vaut. Cette nuit-là, sous une pluie fine, la mère d’Amina et le chauffeur de la famille s’engagent dans la ville.
Ils savent tout chercher et comme si le destin attendait leur venue, ils le trouvent. Toujours au même endroit, toujours penché sur une roue. Cette fois, c’est un livreur à moto qui l’aide. Karim dit une voix douce et tremblante. Il se redresse surpris devant lui, la mère d’Amina. Amina est à l’hôpital. Elle est tombée malade depuis qu’on vous a séparé.
Vous pouvez venir ? Il ne pose aucune question. Il ferme sa caisse à outil. Il monte dans la voiture. Le trajet se fait en silence. La pluie glisse sur les vitres. Mais dans le cœur de Karim, une tempête monte. À l’hôpital, il entre dans la chambre. La mer reste dehors. Il s’approche doucement, s’assoit près du lit et murmure : “Amina, c’est moi ! Karim, elle bouge faiblement, ses yeux s’entrouvrent et elle le voit, le visage qu’elle attendait, la voix qu’elle espérait.
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