La ville de Sefrou vivait sous un ciel sec depuis presque deux ans.
Les anciens disaient qu’autrefois, les collines autour de la ville devenaient vertes dès le mois de mars. Les grenadiers fleurissaient, les rivières chantaient dans les vallées, et l’odeur de la terre mouillée entrait jusque dans les maisons. Mais cela appartenait désormais aux souvenirs.
Chaque matin, les habitants levaient les yeux vers le ciel pâle avec la même attente silencieuse. Et chaque soir, ils rentraient chez eux avec le même vide dans le cœur.
Yanis, lui, ne regardait plus le ciel.
À dix-sept ans, il travaillait dans l’atelier de son oncle, réparant de vieux réveils et des montres cassées. Il passait ses journées entouré de rouages minuscules, de ressorts usés et du tic-tac incessant des horloges suspendues aux murs.
— Le temps ne s’arrête jamais, disait son oncle. Même quand les hommes perdent espoir.
Mais Yanis n’écoutait qu’à moitié.
Depuis la mort de son père, il avait appris à vivre en silence. Sa mère cousait des vêtements pour les voisins, et tous deux survivaient modestement dans une petite maison à la sortie de la ville.
Un soir d’août, alors qu’il fermait l’atelier, Yanis remarqua un homme assis près de la fontaine asséchée de la place centrale.
L’homme portait un long manteau noir malgré la chaleur écrasante. Sa barbe blanche descendait jusqu’à sa poitrine, et ses yeux semblaient refléter une lumière étrange.
— Tu répares le temps ? demanda l’inconnu.
Yanis fronça les sourcils.
— Je répare des montres.
L’homme sourit.
— C’est presque la même chose.
Il sortit alors de sa poche une montre argentée.
Elle était magnifique.
Le métal semblait vivant, couvert de gravures fines représentant des nuages, des éclairs et des oiseaux en plein vol.
— Elle est cassée ? demanda Yanis.
— Depuis très longtemps.
Le vieil homme posa la montre dans sa main.
Elle était glacée.
— Répare-la avant la prochaine lune, dit-il. Sinon la pluie ne reviendra jamais.
Puis il se leva et disparut dans l’obscurité des ruelles.
Yanis resta immobile.
Il voulut appeler l’homme, mais une bourrasque de vent souleva la poussière de la place, et l’inconnu avait déjà disparu.
Cette nuit-là, Yanis examina la montre sous la lumière d’une lampe à huile.
Le mécanisme intérieur était incompréhensible.
Il ne ressemblait à rien de ce qu’il avait déjà vu.
Les engrenages semblaient tourner sans logique, comme s’ils obéissaient à une autre forme de temps.
Au centre, une petite inscription était gravée :
« Celui qui possède le temps possède la pluie. »
Pendant plusieurs jours, Yanis tenta de réparer l’objet.
Sans succès.
Chaque fois qu’il croyait comprendre le mécanisme, les pièces changeaient de place.
Parfois, il lui semblait même entendre un bruit d’orage à l’intérieur de la montre.
Son oncle finit par remarquer son agitation.
— Où as-tu trouvé ça ? demanda-t-il d’une voix inquiète.
Yanis raconta sa rencontre.
Le visage de son oncle pâlit.
— Écoute-moi bien, dit-il. Il existe une vieille légende dans cette région. On raconte qu’un homme a volé la pluie il y a des siècles.
Yanis rit nerveusement.
— Voler la pluie ?
— Certains hommes volent l’or. D’autres volent le temps.
Son oncle fixa la montre.
— Et cette chose… je crois qu’elle appartient au voleur.
Le lendemain, Yanis retourna sur la place centrale.
Le vieil homme n’était pas là.
Mais une petite fille s’approcha de lui.
— Le monsieur en noir m’a dit de te donner ceci.
Elle lui tendit une clé en cuivre.
— Il a dit que tu devais aller à la montagne avant la prochaine lune.
— Quelle montagne ?
La fillette désigna les hauteurs brumeuses au nord de la ville.
Le mont Zalagh.
Cette nuit-là, Yanis prit la montre, la clé et un vieux sac de voyage.
Sa mère dormait déjà lorsqu’il quitta la maison.
La montée fut longue.
Le vent devenait plus froid à mesure qu’il avançait entre les pierres et les oliviers sauvages.
Vers minuit, il aperçut une lumière au sommet.
Une tour.
Elle semblait abandonnée depuis des siècles.
La porte était verrouillée.
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